Cadet de la fratrie Bubble Bobble, Rainbow Islands marque le retour en force de Taito, le roi de l'arcade à l'origine du mythique Space Invaders. Sorti en 1987, soit tout juste un an après la création de la série, le jeu de plates-formes nous confie la responsabilité du jeune Bubby, fraîchement remis de la métamorphose en dragon dont lui et son comparse avaient été victimes lors du premier volet de la saga.
A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle : lorsque les amis de Bubby sont retenus prisonniers au sommet des sept îles Rainbow, le jeune garçon n'a d'autre choix que de dégainer ses arcs-en-ciel pour leur venir en aide. Scénario tragique au possible, les habitants sont non seulement sous la domination de forces maléfiques mais aussi sous la menace de la noyade. Pas de temps à perdre dès lors pour retracer l'aventure 8 bits la plus rayonnante de la Master System.
Toujours plus haut, toujours plus fort
Véritable condensé de l'univers du jeu, le premier niveau, et plus typiquement la toute première scène d'exposition, annonce directement la couleur. Très rapidement et de manière intuitive, le joueur comprend qu'il va devoir se conformer à une progression en scrolling vertical à travers l'environnement radieux de l'île tout en prenant garde aux ennemis qui l'entourent. Loin d'être une contrainte, on s’accommode d'autant plus facilement de ce système que le gameplay a été parfaitement pensé en conséquence. En accord total avec le genre plate-forme, le héros, déplacements mis à part, ne peut que sauter ou déployer ses arcs-en-ciel. Ces derniers font à la fois office d’ascenseurs indispensables à la progression au sein des niveaux et d'armes mortelles pour les nombreux monstres présents dans la zone. Enfin, de multiples items aux effets très variés, parmi lesquels la pluie d'étoiles mortelles et les chaussons de course, donnent au personnage incarné une progression plus fluide et une multitude d'effets bonus venant gonfler le high score. Simple mais complet, le jeu séduit également par sa structure aux embranchements nets et limpides.
Des couleurs, envers et contre tout
En reproduisant le schéma de l'arc-en-ciel, le jeu dispose en apparence de sept mondes, étant eux-même divisés en quatre niveaux d'étendue égale, avec à chaque transition une difficulté légèrement accrue. Concernant le level design, le caractère rudimentaire des décors générés par la console 8 bits de Sega est largement compensé par un agencement des couleurs et des apparats de très bon ton et sans demi-mesure, comme le réclame l'atmosphère du jeu. Malgré tout, on regrettera les rares moments lors desquels il est parfois difficile de discerner les éléments liés à l'esthétique de ceux attachés aux interactions avec le personnage. Par exemple, il n'est pas étonnant de concéder une vie bêtement en raison de flammes trop statiques ou d'ennemis trop peu mis en valeur. A titre plus anecdotique, retenez que l'OST du soft propose la même boucle musicale très joviale lors des quatre premiers mondes, ce qui peut parfois dénoter avec les atmosphères plus inquiétantes dans lesquelles vous aurez affaire à des ennemis autrement plus effrayants. Pour finir de manière plus formelle, on constate qu'un game over, à la différence de bien des jeux de la même génération, n'est pas synonyme de retour à la case départ mais implique seulement de recommencer au premier niveau du monde vous posant quelques difficultés. Car si l'on reproche souvent au jeu sa trop grande facilité, c'est sans compter sur la quantité impressionnante de secrets et de challenges venant corser l'expérience de jeu.
Des secrets trop bien gardés
Sans rien révéler d'étonnant, le challenge de la plupart des joueurs correspond d'abord au high scoring. En gardant à l'esprit que, si le dénouement du game over s'avère mesuré, le nombre de points retombe tout de même à zéro après l'utilisation de votre dernière vie, et il est de mise de grossir le score sans jamais côtoyer le game over, ou mieux encore, sans jamais succomber aux ennemis. Plus subtilement, chaque niveau affiche un étrange panneau dans lequel on peut voir apparaître de temps à autre certaines lettres. Avec le temps, et en y prêtant un minimum d'attention, on remarque qu'il s'agit là d'une quête annexe consistant à récolter dans chaque monde sept cristaux aux couleurs de l'arc-en-ciel pour ainsi dévoiler le mot « Rainbow », avec à chaque lettre une couleur correspondante. Pour se déjouer du hasard avec lequel sont délivrés les cristaux, les joueurs les plus appliqués remarqueront non seulement la découpe en sept parties égales de l'écran de jeu venant déterminer la couleur du cristal obtenu, mais aussi la méthode de destruction originale du « déluge arc-en-ciel » nécessaire pour avoir le privilège de voir apparaître les cristaux. Déjà beaucoup moins naïf qu'à première vue, le second opus de la série Bubble Bobble n'a pas peur de s'affirmer davantage concernant les mystères dissimulés aux joueurs.
Les différents mondes se prêtent en effet facilement à l'analogie avec les couleurs de l'arc-en-ciel : en vérité, la quête des cristaux permet de déverrouiller un cristal spécial à la fin de chaque niveau. Au nombre de sept, ces items particuliers une fois réunis donnent accès à un monde bonus offrant au joueur la véritable fin du jeu ! Définitivement pointilleux, les développeurs de l'époque ont jugé utile d'associer à cette fin singulière une variante pour les joueurs ayant eu la bonne idée de collecter les cristaux en suivant scrupuleusement l'ordre des couleurs de l'arc-en-ciel. Dès lors, s'il était très rare d'assister à la montée des eaux lors de sessions de jeu trop longues au sein d'un même niveau, respecter l'ordre des couleurs lors de la recherche ordonnée des joyaux demande beaucoup plus de temps, et l'idée selon laquelle le jeu proposé s'avère trop simpliste semble avoir quitté définitivement votre esprit. Bien que tout semble être mis en œuvre pour proposer une expérience de jeu alternative à l'aventure initiale, trop de mystère tue le mystère. Et il semble quasi impossible au joueur de s'épanouir en chaque lieu et en chaque bourg de cet opus sans obtenir ces informations de manière subsidiaire, ou sans avoir eu le bon goût de lire ce test.
Points forts
- L'univers ultra-coloré
- L'OST bien sentie
- Le dernier monde en apothéose
- Le gameplay simple et efficace
- Un jeu plus subtil qu'il n'y paraît
Points faibles
- Des secrets si bien masqués qu'il est difficile d'en profiter
- L'ami Bubby un peu lent
- Les combats de boss un rien trop coulants
Réussissant le tour de force de s'adresser à la fois aux joueurs les moins expérimentés et à ceux nés une manette greffée à la main, difficile de reprocher à Rainbow Islands sa naïveté et son manque de difficulté. En parvenant à remplir les critères de satisfaction de tous, personne ne peut douter des bonnes intentions du jeu. Cependant, la volonté de proposer tout un pendant du jeu parallèle à l’expérience initiale aurait pu être plus bénéfique encore en se dévoilant davantage à notre regard.