Dans le Tarn, le parking d’une ancienne jardinerie abrite près d’une centaine de véhicules électriques qui ont été abandonnés là suite à un conflit entre deux entreprises. L’une d’elles est d’ailleurs habituée aux polémiques.
Il n’y a pas que la Chine qui possède des cimetières de voitures électriques : c’est également le cas de la France. À Lescure-d’Albigeois dans le Tarn, une ville située à un peu moins de 100 km de Toulouse, le parking d’un ancien magasin Jardiland s’est récemment transformé en cimetière de Leapmotor T03, un modèle de voiture chinoise qui est au cœur d’un conflit commercial de grande envergure depuis 2023.
Une jardinerie transformée en parking
C’est Laurent Dubois, journaliste de France 3 Régions, qui a été parmi les premiers à pointer du doigt la situation qui peut s’avérer particulièrement étonnante. Comme en témoignent les photos publiées par le média local, les voitures ont totalement envahi la jardinerie désaffectée : là où les plantes et les salons de jardin étaient vendus auparavant se trouvent désormais des alignements de voitures qui semblent bien parties pour rester là ad vitam aeternam.
Pourtant, il est fort probable que ces véhicules, qui ne sont pas immatriculés, soient encore en état de fonctionnement. Elles n’ont même jamais circulé. Si elles sont parquées là où elles sont, c’est à cause d’un conflit qui oppose SN Diffusion — EVE, une entreprise de Lescure-d’Albigeois, et Stellantis, le groupe automobile international qui vient d’ailleurs d’écarter son PDG problématique, Carlos Tavares.
Une affaire d’importation et de gros sous
En 2021, SN Diffusion — EVE signe un contrat de 2 millions d’euros avec Leapmotor afin de devenir le seul importateur de la marque en Europe. L’entreprise achète alors 1000 Leapmotor T03, et son patron, Didier Sirgue, pense avoir fait une très belle affaire. Mais la situation se gâte pour lui à la fin 2023, lorsque Stellantis rachète 21 % des parts de Leapmotor, ce qui lui permet de devenir son revendeur à l’international.
Didier Sirgue parle alors d’une « douche froide » et d’une communication lapidaire venant de Leapmotor, qui finit par résilier leur contrat en mai 2024. Didier Sirgue ne peut alors plus rien faire des voitures Leapmotor T03 invendues et saisit la justice afin que Leapmotor/Stellantis les reprenne. En attendant qu’une décision soit prise, les véhicules sont donc stockés dans différents endroits, dont la fameuse jardinerie, explique une fois encore France 3 Régions.
Une situation qui inquiète la mairie
Ce n’est pas une révélation, les voitures électriques embarquent des batteries qui ont tendance à très mal vieillir, en particulier si elles ne fonctionnent pas. Or, comme on peut facilement le deviner, personne n’entretient ces véhicules à l’heure actuelle : plus le temps passe, et plus il y a un risque qu’ils deviennent inutilisables et que les batteries deviennent problématiques d’un point de vue écologique.
La situation est d’autant plus complexe pour la commune de 4 589 habitants que SN Diffusion — EVE en est le principal employeur. Pas étonnant, donc, que la mairie se refuse à tout commentaire alors qu’en off, nombreux sont les élus locaux qui semblent embarrassés par la situation. Cette dernière pourrait cependant encore durer un moment, car le conflit judiciaire entre les deux entreprises n’est pas très bien parti pour déboucher sur une résolution à l’amiable.