Sorti en 1995 après presque 3 ans de développement, en petite quantité, et au Japon uniquement, Rendering Ranger R2 est pourtant un titre historiquement important dans la logithèque de la Super Nintendo. Développé par Manfred Trenz (créateur de la série Turrican) et Rainbow Arts, ce jeu est souvent cité comme étant le plus abouti techniquement sur cette console. Alors, pépite rare, ou réputation usurpée ?
De l’action avant tout
Rendering Ranger R2 ne s’embarrasse pas d’histoire ou de scène d’introduction, et se contente d’afficher le menu principal au démarrage de la console. Le joueur appuie sur « start » et se retrouve immédiatement précipité au cœur de l’action. Pourquoi ? Où sommes-nous ? Qui sont les ennemis ? Autant de questions qui resteront sans réponse. Le jeu devait originellement être un shooter pur, mais Softgold, l’éditeur originel, a insisté pour que des éléments à la Contra / Turrican soient intégrés, et le résultat est ma foi réussi.
Le level design est classique mais efficace. Les scènes à pied mélangent des passages linéaires (à la Contra) et des niveaux plus complexes où l’exploration est de mise (à la Turrican). Les niveaux shooter sont eux aussi très traditionnels, mais proposent quand même une nouveauté intéressante : le scrolling est multidirectionnel, et le joueur peut retourner son vaisseau pour faire face à des vagues d’ennemis qui attaquent de toutes parts. Le niveau 7 est à ce titre assez bluffant, avec un scrolling qui accélère, ralentit et change de direction sans arrêt, emportant le joueur dans un tourbillon d’action frénétique vraiment jubilatoire.
Un arsenal classique mais efficace
La gestion des armes est elle aussi classique. Les différents niveaux sont parsemés de power-up que le joueur peut ramasser afin de regagner de la vie ou d’upgrader ses armes. Ces dernières sont variées, et plus ou moins efficaces selon la situation ou le type d’ennemi rencontré. La perte d’une vie provoque la perte d’upgrade pour l’arme en cours, ce qui est très pénalisant (voire frustrant) mais introduit aussi un élément stratégique appréciable. A vous de préserver vos armes les plus utiles dans une situation donnée. Ajoutons à cela les traditionnelles super-explosions, disponibles en nombre limité, mais qui se rechargent avec le temps, et des modules à la R-Type venant se greffer à votre vaisseau, et vous aurez une bonne idée de l’arsenal mis à votre disposition pour venir à bout des hordes ennemies incessantes.
Une réalisation époustouflante
Mais venons-en à ce qui démarque Rendering Ranger R2 de la pléthore de jeux d’action déjà disponibles sur la SNES : la réalisation technique est tout simplement époustouflante. Les prouesses graphiques affichées à l’écran feront taire les détracteurs qui doutaient de la puissance de cette console, citant les ralentissements affligeant de nombreux jeux de l’époque (Super R-Type et Gradius III, pour ne citer que les plus connus). Les différents niveaux proposent des scrollings parallaxes très rapides et parfaitement fluides, et le nombre de sprites affichés simultanément dépasse souvent la vingtaine sans que la moindre baisse de régime ne se fasse sentir. Ajoutez à cela des graphismes superbes, des effets de zoom, de transparence et de déformation du plus bel effet, et des ennemis souvent gigantesques, et vous obtenez un jeu qui ne démériterait pas sur des consoles plus puissantes, telles que la Neo-Geo voire même la Saturn. Selon Manfred Trenz, véritable tête pensante derrière ce projet, ce miracle est rendu possible grâce à des routines en assembleur (langage de programmation de bas niveau) très compliquées. Respect !
Les éléments graphiques du jeu étaient originellement dessinés à la main, mais suite au succès de Donkey Kong Country et ses graphismes pré-calculés, Softgold a demandé un redesign complet, et il faut avouer que le résultat est superbe, même si le rendu est parfois un peu froid et métallique. Au passage, le nom originel de « Targa » se voit modifié en Rendering Ranger R2 (« to render » signifie « pré-calculer » en anglais). Les compositions musicales sont classiques, voire insipides (dommage que Chris Huelsbeck, compositeur attitré de la série Turrican, ne soit pas de la partie) mais les bruitages sont efficaces, ce qui tombe bien puisque c’est surtout les bruits de tirs et d’explosions que vous entendrez lors de vos affrontements.
Des boss épiques
Le jeu est aussi connu pour ses batailles épiques contre des boss de plus en plus énormes et fréquents. Il n’est pas rare que ces derniers s’étendent sur plusieurs écrans, et encore une fois, pas le moindre ralentissement ne se fera sentir. Ces face-à-face sont pour la plupart intéressants, le joueur doit observer les déplacements et les attaques de l’ennemi, temporiser, identifier ses points faibles, choisir l’arme la plus efficace, et utiliser les super bombes à bon escient. Ces rencontres deviennent de plus en plus fréquentes, au point que le dernier niveau n’est qu’une succession de boss de plus en plus coriaces. Le jeu a la réputation d’être très difficile, mais un système de mot de passe permet de sauvegarder sa progression, ce qui est appréciable et finalement assez rare pour ce genre de jeux. Les joueurs habitués aux jeux d’action n’auront aucune difficulté à terminer Rendering Ranger R2 en quelques jours.
Un accouchement douloureux
La collaboration entre le développeur (Manfred en tête) et l’éditeur original (Softgold) s’est clairement mal passée. Ce dernier abandonne finalement le projet sur le tard, déclarant que plus personne n’achèterait ce jeu en 1995. La décision peut paraître injuste quand on sait que l’ajout de niveaux à la Contra, puis le redesign en graphismes pré-calculés, tous deux exigés par l’éditeur, ont sans doute contribué à ce retard. Seul Virgin Japan fut finalement intéressé et publia environ 5.000 cartouches sur une SNES en fin de vie. Dans ces conditions, ce qui aurait pu être le plus grand jeu d’action de la console a eu l’effet d’un pétard mouillé. Les aficionados du genre se doivent cependant de dénicher cette pépite, ne serait-ce que pour voir de leurs propres yeux ce que la SNES avait vraiment dans le ventre.
Points forts
- Une réalisation époustouflante
- Une certaine variété dans le gameplay
- Une difficulté bien dosée
- Un système de mot de passe appréciable
Points faibles
- Le level design un peu classique
- Les musiques sont quelconques
Rendering Ranger R2 est un grand jeu d’action, pas de doute. Il ressert certes tous les poncifs du genre sans vraiment innover, mais l’efficacité est au rendez-vous, et puis bon sang, quelle réalisation, quelle claque graphique !